Patrick Nardin

Cinémas de papier

Vitrine : "A Movie" et "Godzilla Reloaded" sur la table de travail. « Archives rêvées-Mémoires de peintres ». Archives nationales de France, 2016.

Ce site réunit un ensemble réalisations essentiellement produites depuis 2002 environ, bien qu’on puisse y découvrir quelques travaux encore plus anciens, les dessins notamment. Il a pour fonction de documenter mon travail, sans être exhaustif. Chaque oeuvre citée est accompagnée d’un bref commentaire qui éclaire la démarche.Le travail s’organise autour des relations qui peuvent s’établir entre le film, sous ses formes diverses, et la peinture. Il ne s’agit pas de revenir sur les plans de cinéma faisant tableau, mais plutôt d’imaginer le déplacement d’un champ d’expérience dans un autre. Les films mêlent ici des techniques artisanales relevant d’un cinéma fait à la main et des technologies numériques. La démarche se fonde sur la reprise de films anciens ou récents, professionnels ou amateurs, sans valeur artistique particulière et en général dépourvus de toute inscription historique, des films qui, de façon aussi bien symbolique que littérale, sont mis en pièces.

Toutes les images sont travaillées de manière autonome, peintes comme des tableaux successifs, afin de susciter une nouvelle perception des matières et du mouvement. Les peintures sont réalisées sur les supports les plus ordinaires, parfois ramassés au hasard de voyages : notes d’hôtel, factures, bulletins, vieux carnets jaunis, journaux, emballages, cahiers d’écolier, déchets… Ces fragments rassemblés viennent composer un cinéma de papier. Une double présence peut alors s’imposer : celle d’une continuité temporelle (le film en lui-même), et celle des milliers de papiers utilisés, à la fois subjectiles et photogrammes. Les réalisations se déclinent ainsi en deux états : «montée» ou «démontée».

À travers les grandes séries d’images s’opère une désacralisation du geste pictural et du tableau en tant que forme instituée. Mises en mouvement, les masses colorées se dissolvent les unes dans les autres dans un rythme où leur individualité reste perceptible ; ce n’est donc pas tant le « tableau » qu’on aperçoit mais les intervalles, la tension entre deux images, la vibration des surfaces.
Les œuvres ne sont plus des objets aux contours définis mais des figures flottantes qui évoluent en fonction des lieux qui les reçoivent. Le film devient un dispositif d’exposition de la peinture. Les chemins qu’emprunte l’image créent une « cinémato-graphie » du deuxième temps, qui travaille une mémoire visuelle et sonore du cinéma, en dehors de ses intentions narratives.

À la question : vous faites du cinéma ? Je réponds non, pas du tout, plutôt de la peinture. Ah bon ? Ce sont des tableaux alors ? Ah non, ce sont des films…

On est pris dans une boucle qui reste sans arrêt indécise où les deux se renvoient l’un à l’autre. En réalité, je fais de la peinture et je montre souvent des films.

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