Images perdues / 14 500 Portraits (2002)

installation variable : film sur moniteur vertical, photos, peintures, cartes postales...

14500 Portraits a pour point de départ une photographie trouvée par hasard il y a de nombreuses années. Celle-ci représente un alignement de jeunes filles souriantes en tailleur blanc toutes coiffées d’un chapeau à large bord qui s’avancent en ligne, bras-dessus bras-dessous, vers le photographe, ou nous mêmes, par extrapolation. Il y a dans cette image une étrange notion de série entre l’uniformité des tenues, la rigueur du mouvement collectif, et le rythme produit par les ports de têtes ainsi que l’ajustement très personnel des couvre-chefs. Dans le film, les douze personnages représentés en deviennent un seul, dont l’aspect évolue de manière lente et progressive. En même temps, la décomposition du film laisse apparaître 14500 images, chacune étant sensiblement différente de celles qui l’entourent : les douze figures de départ deviennent ainsi également 14500 portraits.

L’image en question représente l’équipe féminine d’athlétisme hongroise lors des jeux olympiques de Munich en 1936 ; on reconnaît en arrière-plan la colonnade du stade olympique de Berlin. Parmi les sportives se trouve Ibolya Csák (1915-2006), médaillée d’or du saut en hauteur (avec un saut à 1m 62), mais elle est difficile à identifier dans le groupe. Les sourires et l’insouciance apparentes des jeunes femmes laissent le sentiment d’une innocence joyeuse que la tragédie à venir va rapidement balayer.

14500 Portraits est passé par plusieurs étapes mêlant dessin, peinture, photographie, ce qui explique la définition particulière des textures. Deux vitesses semblent se conjuguer dans le même espace, celui du défilement rapide des taches et des scories, celui des visages qui évoluent lentement. « Portrait » renvoie à la figure du tableau et à l’orientation verticale de l’image, dont la surface entière s’anime.
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