A Movie reprend le titre d’un film célèbre de Bruce Conner réalisé en 1958. Il n’en est pas le remake, mais évoque l’un de ses principes consistant à produire, à partir d’images trouvées, le sentiment d’une montée progressive de la catastrophe. Toutes les peintures sont réalisées sur des bouts de papiers récupérés au hasard de voyages : notes d’hôtel, facturettes, bulletins, vieux carnets, journaux, cahiers d’écoliers, pour la plupart collectés en Asie, au Japon, au Cambodge, au Laos, au Vietnam en particulier. Cris, exposions, courses éperdues, scènes de paniques, voitures lancées à pleine vitesse, développent une tension soutenue, sans qu’un récit constitué se mette en place. La succession de papiers imprimés servant de subjectiles agit comme un flicker en imposant une pulsation rythmique à l’ensemble de la séquence. Les supports entrent en collision semblant vouloir eux-même accélérer le mouvement des figures qu’ils contiennent. Souvent minuscules, de la taille d’un ticket de caisse, ils peuvent se révéler monumentaux à l’écran, manifestant de façon paradoxale la réalité de la production initiale.
Les milliers de petits tableaux constituant le film sont de fait des objets possédant une autonomie ; on peut les considérer pour eux-mêmes ou pour la manière dont ils prennent place dans un continuum. Une double présence s’impose alors, puisque ces éléments existent dans un développement temporel (le film en lui-même), mais également dans l’espace (les tableaux peints) ; ils se déclinent de fait en deux états, « montés » ou « démontés », c’est-à-dire dans ce dernier cas comme une exposition de peintures.
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