Allers-retours a été tourné au Vietnam avec une caméra super-8 alimentée avec des pellicules Kodachrome trouvées datant des années 1970. Ces pellicules étaient alors vendues développement compris. Une fois exposées il fallait les envoyer au laboratoire Kodak de Lausanne qui retournait la bobine développée, en général après deux ou trois semaines. Ce laboratoire a fermé ses portes le 30 septembre 2006 ; pour bénéficier du traitement, il fallait donc expédier son matériel avant cette date. L’entreprise a ainsi scrupuleusement développé toutes ces pellicules, pourtant très largement périmées, sans frais supplémentaires. L’idée de ce film est inspirée par cette échéance, qui marque symboliquement une clôture pour les techniques argentiques.
Les films font apparaître apparaître une matière très dégradée au grain prononcé où la couleur n’apparaît plus que par traces. On peut avoir le sentiment d’images décalées dans le temps, comme si la période contemporaine se trouvait subitement frappée de vieillissement. Les mobylettes ou les vélos de Hanoï, les bateaux de la Rivière des Parfums, semblent appartenir à une période lointaine, dont subsisteraient ces images troubles en voie d’effacement. Allers-retours s’est intéressé aux déplacements entre les villes et les fleuves dans une espèce de continuité fluide du mouvement. La circulation urbaine s’écoule dans un rythme qui se rapproche, par sa lenteur et sa régularité, de celui des bateaux sur la rivière. C’est de ces flux ralentis, montés en grande partie dans la caméra, qui sont au cœur du film.