Racing (2007)

1278 peintures, huile sur papier, film 4K, sonore, 2’20, 2007, (coll. Frac OM)

Racing montre une course de voitures, accompagnée d’une bande son faisant entendre les bruits des moteurs, des traces de commentaires et quelques éléments musicaux discontinus se mêlant aux ronflements des bolides. Ces derniers foncent, se doublent, se percutent, provoquent des accidents, mais tournent à vide dans ce circuit sans départ, ni arrivée. Les signes d’une éventuelle dramatisation cinématographique sont présents mais ils n’établissent pas la tension narrative qu’ils devraient susciter. L’absence de dénouement, le défaut de figure humaine vident le film de tout sens du tragique, imposant l’énergie plastique d’une animation sans objet.

La réalisation procède d’un découpage image par image, chaque élément faisant l’objet d’un traitement pictural autonome ; on peut considérer que le film est le produit de tableaux successifs, peints à l’huile sur papier. Entre décomposition et recomposition, le travail comporte exactement 1278 images peintes qui s’organisent en 46 plans, certains pouvant être partiellement répétés. Les subjectiles sont des tirages numériques d’aspect graphique qui permettent de structurer l’espace de façon linéaire et d’organiser les séquences. La couleur ne se dépose que sur les véhicules. Il se crée alors une opposition dynamique entre le mouvement des lignes se détachant sur fond blanc et l’intensité des taches colorées. Celles-ci apparaissent constamment mobiles du fait de la trace affirmée du pinceau, qui refuse l’aplat. Plusieurs mouvements se combinent, donnant le sentiment d’une superposition de vitesses différentes entre le « faux mouvement » des voitures qui tournent et l’animation des surfaces qui révèle le rythme réel d’apparition des images.

La boucle, figure classique de l’art vidéo, s’exprime ici de façon littérale. L’agressivité de la compétition est pourtant toujours là, à travers accélérations, sorties de route, dérapages et dans la bande-son qui les accompagne, mais elle ne trouve aucune issue. Le mouvement de ces voitures anguleuses et massives devient comme un geste qui parcourt une surface, dans une transposition par l’absurde de l’informel pictural.

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